Image Credentials: Image Title: G5 Sahel : entre héritage français, menace djihadiste et montée de l’influence russe. Source: (chatgpt.com) Date: June 2026. Attribution: This image was created using AI-generated imagery (chatgpt.com) by Open Chronicle and does not depict a real-world scene.
Par Jean-Pierre Dubois | Rédacteur en chef Open Chronicle France
Le Sahel demeure l’un des principaux foyers d’instabilité sécuritaire au monde. Depuis plus d’une décennie, cette vaste région qui s’étend de l’Atlantique à la Corne de l’Afrique est confrontée à une multiplication des groupes armés djihadistes, aux trafics transfrontaliers et à une fragilisation croissante des institutions étatiques. Face à ces défis, les États sahéliens ont tenté de bâtir une réponse collective à travers le G5 Sahel. Mais aujourd’hui, alors que l’influence française recule et que la Russie renforce sa présence, la région entre dans une nouvelle phase de son histoire géopolitique.
La naissance du G5 Sahel
Créé le 16 février 2014 à Nouakchott, en Mauritanie, le G5 Sahel rassemble le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Cette organisation régionale est née de la volonté commune de répondre à une menace sécuritaire grandissante tout en favorisant le développement économique de la région.
Les cinq pays partagent plusieurs caractéristiques : des territoires immenses et difficiles à contrôler, une forte croissance démographique, une pauvreté persistante et une jeunesse confrontée à un manque d’opportunités économiques. Ces facteurs ont créé un terrain favorable au recrutement par les groupes extrémistes.
Parmi les principales organisations djihadistes actives dans la région figurent le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou JNIM), affilié à Al-Qaïda, ainsi que l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), qui a longtemps représenté la branche régionale de l’organisation État islamique.
La force conjointe et le soutien international
Afin de coordonner leurs efforts, les États membres ont créé la Force conjointe du G5 Sahel, composée d’environ 5 000 militaires. Cette force bénéficie du soutien de nombreux partenaires internationaux, notamment l’Union européenne, l’Union africaine, les Nations unies et la France.
Pendant plusieurs années, l’opération française Barkhane a constitué l’épine dorsale du dispositif antiterroriste régional. Déployée à partir de 2014, elle a mobilisé plusieurs milliers de soldats français dans des opérations de renseignement, de contre-insurrection et de soutien aux armées locales.
À ses côtés, la MINUSMA au Mali et la Task Force Takuba, lancée en 2020 avec plusieurs partenaires européens, ont tenté de renforcer les capacités des forces sahéliennes.
Une crise sécuritaire persistante
Malgré ces moyens considérables, la situation sécuritaire s’est fortement dégradée entre 2015 et 2022. Les attaques contre les civils, les forces armées et les infrastructures publiques se sont multipliées.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont été particulièrement touchés. Certaines régions entières ont progressivement échappé au contrôle des autorités centrales, tandis que les groupes armés ont développé leurs propres systèmes de gouvernance locale.
Les violences ont provoqué des millions de déplacés et aggravé une crise humanitaire déjà sévère.
Les critiques contre les gouvernements nationaux, mais aussi contre la présence militaire étrangère, se sont intensifiées. Dans plusieurs pays, des manifestations ont dénoncé l’inefficacité perçue des dispositifs de sécurité existants.
Le retrait français et le basculement géopolitique
À partir de 2022, la région connaît un tournant majeur. Les coups d’État militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger conduisent à une dégradation rapide des relations avec Paris.
Les autorités de ces pays exigent progressivement le départ des forces françaises. L’opération Barkhane est officiellement arrêtée et les contingents français quittent successivement plusieurs bases stratégiques.
Ce retrait marque la fin d’une présence militaire française qui avait structuré pendant des années l’architecture sécuritaire régionale.
Parallèlement, les nouvelles autorités sahéliennes se rapprochent de Moscou.
La montée de l’influence russe
La Russie apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux partenaires sécuritaires des régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
Dans un premier temps, cette présence s’est matérialisée par l’arrivée du groupe Wagner. Après sa restructuration, plusieurs missions ont été reprises par l’Africa Corps, désormais directement rattaché au ministère russe de la Défense.
Moscou fournit des équipements militaires, des formations, du renseignement et un soutien diplomatique aux gouvernements sahéliens. Cette coopération est présentée par les autorités locales comme une alternative à la dépendance vis-à-vis des anciennes puissances occidentales.
La Russie bénéficie également d’un important capital politique auprès d’une partie de l’opinion publique qui associe son engagement à une forme de souveraineté retrouvée.
Des résultats encore incertains
Malgré cette nouvelle orientation stratégique, les résultats restent contrastés.
Au Mali, les groupes affiliés à Al-Qaïda continuent d’étendre leur influence dans plusieurs régions rurales. Des attaques meurtrières visent régulièrement les forces armées et les infrastructures nationales.
Au Burkina Faso, certaines zones demeurent hors du contrôle de l’État malgré l’intensification des opérations militaires.
Au Niger, la menace djihadiste reste élevée, notamment dans les régions frontalières avec le Mali et le Nigeria.
Les observateurs soulignent que la coopération russe apporte un soutien militaire significatif, mais qu’elle n’a pas encore permis d’apporter une réponse durable aux causes profondes de l’instabilité.
Les défis du futur
L’expérience du G5 Sahel a montré que la lutte contre le terrorisme ne peut pas reposer uniquement sur la force militaire.
La pauvreté, l’absence de services publics, la faiblesse des institutions, les tensions communautaires et le manque de perspectives pour la jeunesse alimentent durablement les crises sécuritaires.
Pour de nombreux experts, la stabilisation du Sahel nécessitera une approche globale associant sécurité, développement économique, éducation, gouvernance locale et réconciliation communautaire.
Alors que la présence française a considérablement diminué et que la Russie poursuit son implantation stratégique, le Sahel demeure aujourd’hui l’un des principaux terrains de compétition géopolitique du continent africain.
L’avenir de la région dépendra autant des choix des puissances extérieures que de la capacité des États sahéliens à reconstruire la confiance avec leurs populations et à répondre aux défis structurels qui alimentent depuis des années l’instabilité.