Image: from Denis Mukwege X @DenisMukwege
Par le Bureau d’Information de l’Open Chronicle avec Agences
Dans une décision qualifiée d’historique, un tribunal de Bruxelles a ordonné, ce mardi 17 mars 2026, le renvoi en procès d’Étienne Davignon pour son implication présumée dans l’assassinat de Patrice Lumumba en 1961. À 93 ans, l’ancien diplomate et ex-vice-président de la Commission européenne est le seul survivant parmi les dix suspects initialement visés par la plainte de la famille du héros de l’indépendance congolaise.
Patrice Lumumba, premier Premier ministre du Congo après son indépendance de la Belgique en 1960, avait été évincé du pouvoir après seulement trois mois, avant d’être exécuté en janvier 1961 dans la région du Katanga par des séparatistes soutenus par des mercenaires belges. Son corps avait ensuite été dissous dans l’acide, ne laissant pour seul reste qu’une dent en or, restituée à sa famille par la Belgique en 2022.
Des chefs d’accusation de crimes de guerre
Étienne Davignon, qui était un jeune attaché diplomatique au moment des faits, est accusé de « participation à des crimes de guerre ». La justice lui reproche notamment d’avoir contribué à la détention illégale et au transfert de Patrice Lumumba vers le Katanga, où sa vie était en danger immédiat.
Le tribunal a également étendu la portée du procès aux meurtres de deux alliés politiques de Lumumba, Maurice Mpolo et Joseph Okito, exécutés à ses côtés. Les procureurs affirment que Davignon a participé à des traitements « humiliants et dégradants » et a privé les victimes de leur droit à un procès impartial.
Une victoire « gigantesque » pour la famille
Pour les descendants de Lumumba, cette décision marque le début d’une véritable reddition de comptes. « C’est une victoire gigantesque », a déclaré Christophe Marchand, l’avocat de la famille. « Personne ne croyait, quand nous avons déposé plainte en 2011, que la Belgique serait capable d’enquêter sérieusement sur ses propres crimes coloniaux. »
Yema Lumumba, petite-fille de l’icône anti-coloniale, a salué « un pas dans la bonne direction » pour établir les responsabilités et faire éclater la vérité, malgré les décennies écoulées.
Un tournant dans l’histoire coloniale
Si le procès va à son terme — malgré l’âge avancé de l’accusé et les recours possibles, Étienne Davignon sera le premier responsable belge à répondre devant une cour criminelle des actes commis sous l’autorité coloniale. En 2002, une commission d’enquête parlementaire avait déjà conclu à la « responsabilité morale » de la Belgique dans la mort de Lumumba, mais sans engager de poursuites pénales.
Cette procédure judiciaire représente l’ultime étape d’un long processus de reconnaissance des heures sombres de la colonisation belge, alors que le pays tente de solder les comptes de son passé en République démocratique du Congo.