Image: from Novia News X @NoviaNewsGroup
Open Chronicle | avec agences
Un tribunal de Paris a reconnu lundi le groupe cimentier français Lafarge coupable d’avoir financé des organisations jihadistes, dont l’État islamique, afin de maintenir en activité une usine en Syrie en pleine guerre civile. Une décision historique qui s’accompagne de lourdes condamnations, dont celle de son ancien PDG.
Une condamnation sans précédent
La justice française a condamné l’ex-directeur général Bruno Lafont à six ans de prison ferme pour financement du terrorisme, avec incarcération immédiate. L’ancien directeur général adjoint, Christian Herrault, a quant à lui écopé de cinq ans de prison.
Le tribunal a estimé que Lafarge avait versé près de 5,6 millions d’euros entre 2013 et 2014, via sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria, à différents groupes armés, dont l’État islamique et le Front al-Nosra, affilié à al-Qaïda. Ces paiements visaient à garantir la poursuite de l’activité de l’usine située à Jalabiya, dans le nord du pays.
Selon la présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Desprez, ces financements ont contribué directement à renforcer les capacités de ces organisations terroristes, notamment en leur permettant de contrôler des ressources naturelles et de financer des attentats, y compris en Europe.
🔴Lafarge lourdement condamné pour financement du terrorisme. L’ex-PDG a été condamné à six ans de prison avec incarcération immédiate pour avoir financé des groupes djihadistes en Syrie. 7 autres responsables ont écopé de peines de 18 mois à 7 ans. Ils font appel. #JT20h pic.twitter.com/cRyeFvLR3J
— Le20h-France Télévisions (@le20hfrancetele) April 13, 2026
Une stratégie dictée par le profit
L’enquête a mis en évidence l’existence d’un véritable partenariat économique entre Lafarge et certains groupes jihadistes. Les juges ont souligné que ces versements, restés dissimulés, témoignaient de la gravité exceptionnelle des faits.
Le parquet national antiterroriste a accusé le groupe d’avoir agi avec un objectif unique, préserver ses intérêts économiques. Selon l’accusation, au moins 4,7 millions d’euros auraient été directement versés à des organisations classées terroristes.
Contrairement à d’autres multinationales qui avaient quitté la Syrie dès 2012, Lafarge avait choisi de maintenir ses opérations, évacuant uniquement ses employés expatriés tout en laissant sur place son personnel syrien jusqu’en septembre 2014, date à laquelle l’usine a été prise par les combattants de l’État islamique.
Un précédent judiciaire international
Cette condamnation fait suite à une procédure engagée aux États-Unis en 2022, où Lafarge avait reconnu avoir apporté un soutien matériel à des organisations terroristes et accepté de payer une amende de 778 millions de dollars, une première pour une entreprise.
Depuis 2015, Lafarge est intégré au groupe suisse Holcim, qui affirme ne pas avoir été informé des activités en Syrie.
Une affaire loin d’être close
Outre la condamnation pour financement du terrorisme, une seconde procédure est toujours en cours en France, portant sur des accusations de complicité de crimes contre l’humanité.
L’affaire avait été ouverte en 2017, à la suite de révélations médiatiques et de plaintes déposées notamment par d’anciens employés syriens et des organisations non gouvernementales.
La chute du « califat » de l’État islamique en 2019, après des offensives menées par des forces kurdes soutenues par les États-Unis, n’a pas mis fin aux conséquences judiciaires et politiques de cette période.
Analyse
Ce jugement marque un tournant dans la responsabilité pénale des multinationales opérant en zones de conflit. Il établit clairement qu’aucune logique économique ne peut justifier des liens, même indirects, avec des organisations terroristes. Une jurisprudence qui pourrait redéfinir les pratiques des entreprises dans les environnements à haut risque.